Il aura fallu plus de cinq et demi à Cédric Jubillar avant qu’il ne reconnaisse être à l’origine de la mort de sa femme, Delphine Aussaguel. L’infirmière de 33 ans, portée disparue depuis la nuit du 15 au 16 décembre 2020, aurait quitté le domicile en pleine nuit, sans aucun effet personnel, selon les propos de son mari lorsqu’il a contacté la gendarmerie vers 4 heures du matin pour feindre de signaler sa disparition.
Condamné à trente années de réclusion criminelle à l’issue de son procès en octobre dernier, Cédric Jubillar a décidé de passer aux aveux, dans une lettre adressée à ses avocats. Il a ensuite pleinement collaboré avec les forces de l’ordre, qui ont retrouvé les restes de la défunte dans un champ de la commune de Mailhoc, à une quinzaine de kilomètres de la commune du Tarn où vivait le couple.
Une stratégie de défense bien étudiée ?
Le 15 juillet dernier, Cédric Jubillar a été entendu par Valérie Noël, magistrate désignée par la présidente de la cour d'assises de la Haute-Garonne. Un entretien au cours duquel il a maintenu ses déclarations, revenant en détails sur la nuit du drame. Tout aurait commencé vers 1h du matin, lorsqu’à peine réveillé, il s’est rendu dans le salon, où il est tombé sur sa femme. Celle-ci en aurait profité pour lui faire part de ses projets, dans lesquels il n’était pas inclus.
Mariés depuis 2013, les parents de Louis et Elyah avaient fini par s’éloigner et multipliaient les scènes de ménage. Un quotidien devenu infernal pour la mère de famille, qui a fini par entamer une procédure de divorce et se trouver un autre compagnon.
Mais ce sont surtout les derniers mots de la mère de ses enfants qui l’auraient complètement fait "vriller": "Maintenant, je n'ai plus rien à perdre, je peux te l'avouer, j'en ai trouvé un qui me fait mieux l'amour que toi", lui aurait-elle lancé, si l’on en croit ses propos.
Je voulais qu'elle se taise, je l'ai attrapée par le cou et j'ai serré. Je lui disais : "Tais-toi, tais-toi, je t'en supplie, tais-toi". (..) Je voulais que ça s'arrête, qu'elle se taise, je n'en pouvais plus. Quand je faisais ça, elle était en face de moi, je me souviens que je regardais mes pieds car je ne voulais pas croiser son regard. Elle est tombée inerte.

Des proches indignés
Ce mardi 21 juillet, Le Parisien a publié des extraits de ce procès-verbal, qui ont immédiatement fait réagir Donat-Jean, avec lequel Delphine Aussaguel souhaitait refaire sa vie. Originaire de Montauban, dans le Tarn-et-Garonne, l’homme de 45 ans avait été le premier à parler publiquement de sa liaison avec la défunte, quelques jours avant l'incarcération de Cédric Jubillar, en juin 2021.
Alors que les résultats des examens médico-légal viennent de confirmer qu’il s’agissait bien des ossements de Delphine Aussaguel, son amant a pris la parole dans les colonnes du Parisien, ce jeudi 23 juillet.
"Je ne peux pas laisser sans réponse les aveux de Cédric Jubillar, tant ils me paraissent malhonnêtes et empreints d'une grande perversion", a-t-il déclaré, se disant surtout choqué par la façon dont Cédric Jubillar a choisi de se débarrasser du corps de son épouse, jeté dans un tas de fumier.
Il a sali Delphine avant son passage à l'acte, pendant et même après. Je savais que Cédric Jubillar était un monstre, mais pas à ce point-là…
Car en enfouissant la dépouille dans un milieu aussi acide qu'un tas de compost, Donat-Jean n’y voit qu’une intention claire de destruction. D’ailleurs, il n’a absolument pas du tout été convaincu par les aveux du prévenu, dont la version demeure invérifiable et ne serait qu'un moyen de voir alléger sa peine.
Elle savait à quel point Cédric pouvait être colérique et partir au quart du tour. Je ne crois pas un instant qu'elle l'aurait titillé sur son manque de virilité.
Un crime prémédité ?
Au bout de "quelques instant" durant lesquels il est resté "tétanisé", Cédric Jubullar se serait rapidement ressaisi. Afin d’éviter à leurs deux enfants de "voir leur mère comme ça", il a ensuite chargé le corps de Delphine dans la voiture de cette dernière, avant de se rendre dans un champ où il avait déjà travaillé auparavant.
Je me souvenais avoir vu des monticules de terreau. Je me suis dit que j'allais la mettre là-bas.
C’est ensuite à mains nues qu’il a creusé la tombe sommaire de sa femme, avant de regagner son domicile. Après s’être assuré que ses enfants dormaient, le trentenaire a pris soin de jeter dans la poubelle d'un voisin une paire de chaussures, un manteau et le téléphone de leur mère.
Alors qu’il devait à nouveau comparaître devant ses juges, le procès en appel de Cédric Jubillar, qui devait s’ouvrir le 21 juillet dernier, a été reporté au premier semestre 2027.