Au même titre que Forrest Gump ou bien Le cercle des poètes disparus, Pretty Woman fait partie des films cultes qui auront marqué toute une génération. Sortie en 1990, la comédie romantique de Garry Marshall raconte l’histoire d’amour entre Vivian, une fille de joie interprétée par Julia Roberts, et Edward Lewis, une richissime homme d’affaires incarné par Richard Gere.
Un soir, alors qu’il s’ennuie à mourir, Edward Lewis fait la rencontre de Vivian, qu’il embauche en tant qu’escort durant une semaine. Au fil des jours, ceux que tout opposent finissent par changer de regard l’un sur l’autre, avant de développer des sentiments amoureux. Une histoire d’amour qui a souvent été comparée au conte de Cendrillon, dans une version moderne mais qui demeure néanmoins quelque peu problématique. Notamment du fait qu’un homme privilégié, joué par un acteur de 40 ans, extraie une jeune femme de vingt ans sa cadette de sa condition de prostituée.
Mais à l’époque, le scénario n’avait choqué personne. Véritable carton au box-office, Pretty Woman a lancé la carrière de Julia Roberts, qui était alors âgée de seulement 22 ans. Son interprétation de Vivian lui a ainsi valu la reconnaissance de ses pairs, avec un Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie, ainsi qu'une nomination aux Oscars. Quant à Richard Gere, le film a donné un second souffle à sa carrière et reste à ce jour le plus grand succès de sa filmographie.
Un rôle qu’elle regrette ?
Depuis, Julia Roberts est devenue une star planétaire et a connu la consécration en 2001, grâce au biopic grâce Erin Brockovich, seule contre tous. Son interprétation d’une mère de famille qui dévoile au grand jour une affaire de pollution des eaux potables californiennes a été récompensée par l'Oscar de la meilleure actrice, une dizaine d'années après sa première nomination.
Aussi, trente-cinq ans après la sortie de Pretty Woman, la tante d’Emma Roberts aurait-elle accepté de jouer le rôle de Vivian si on le lui avait proposé à notre époque ?
"Oh, impossible", a-t-elle répondu sans hésitation, dans une interview accordée au média Deadline. Et d’ajouter qu’elle "porte le poids de trop d'années dans ce monde pour pouvoir baigner dans un film comme celui-là".
Je veux dire, pas le poids du monde au sens négatif, mais simplement toutes les choses que nous apprenons, toutes les choses que nous accumulons au fil du temps. Il serait impossible de jouer quelqu'un qui soit vraiment innocent, d'une certaine manière. C'est drôle à dire à propos d'une prostituée, mais je pense qu'il y avait une certaine innocence en elle. (…) Je suppose que c'est simplement le fait d'être jeune.
Un recul nécessaire ?
Outre sa distance vis-à-vis de son personnage, altérée par l'expérience et les années passées, Julia Roberts estime que le film a (mal ?) vieilli, en raison du "long passage du temps et des changements culturels" :
Pensez à tous les films et aux pièces de théâtre des années 20, 30 et 40… Si vous les regardiez aujourd'hui, vous vous diriez : "Comment les gens peuvent-ils dire ces choses, faire ces choses ?".
S’est-elle demandé.
Afin de justifier ses propos, elle a cité le classique Autant en Emporte le vent, de Victor Fleming : "Les choix que nous faisons en tant qu'artistes, en tant qu'amateurs d'art et en tant que personnes qui aiment lire des livres et aller au théâtre (comptent, NDLR). Oui, les temps changent, les gens changent, les idées changent".
Le discours de Julia Roberts fait écho à l’une de ses anciennes interviews accordée en 2023 à Vanity Fair, au cours de laquelle elle avait réagi aux commentaires qui soulignaient les aspects misogynes du scénario de Pretty Woman : "Il y a beaucoup de films qui, revus depuis notre présent, nous poussent à nous poser des questions sur l’époque à laquelle ils ont été réalisés. Si nous regardions aujourd’hui certaines des émissions de télévision de ma jeunesse, nous serions un peu surpris des choses qui nous faisaient rire à l’époque", avait-elle analysé.
C’est précisément la raison pour laquelle nous continuons à raconter de nouvelles histoires. Les temps changent, et c’est heureux.
En 2012, Richard Gere affirmait lui-même regretter l’image qu’il avait renvoyée dans le film, qui donne l’impression que les hommes comme son personnage "avaient vraiment la classe, ce qui n'était pas du tout le cas" :
Heureusement, aujourd'hui, nous sommes tous plus sceptiques à l'égard de ce genre de types.
Qu’en pensez-vous ?