L'Île de la Réunion : Un garde manger à requin ?

Mauvais remake des films ou mauvaise adaptation des romans « Les dents de la mer » auraient préférés penser les huit personnes attaquées par un requin depuis 2011 sur les côtes de La Réunion. Et pour cause, trois personnes sont décédées et deux ont étés amputées. Le bilan est lourd. Les personnes les plus fragiles semblent être les surfeurs qui affectionnent cette zone pour leur activité.

Comme en témoigne Fabien, survivant d’une attaque de requin :

 « On ne peut pas cohabiter avec cette meute de bouledogues mangeurs d'hommes. On attend quoi pour réagir ? Un autre mort ? ».

Les pêcheurs de la zone se sont donc alliés aux surfeurs pour faire réagir les pouvoirs publics. En cause la réserve naturelle marine.

Pour rappel, l’île de La Réunion est bordée sur son flanc ouest par des récifs coralliens. Véritable protection naturelle contre les assauts de la mer, ces récifs ont permis le développement des zones balnéaires des différentes îles jouxtant l’île. Ces récifs contribuent au bien-être de la population réunionnaise et des touristes. Ils sont également le siège d’une biodiversité permettant un équilibre naturel. Hors depuis la fin des années 1970, ces milieux ont étés dégradés dues aux activités humaines et aux changements climatiques. Afin de préserver le cadre de vie des réunionnais et préserver la biodiversité une Réserve Naturelle Marine qui s’étend sur 40 km de côtes du Cap La Houssaye à Saint-Paul, à la Roche aux oiseaux à l’Etang Salé a été créé en 2007. Comme toute zone protégée, des nouvelles règles d’usages ont été édictées.

Cette réserve est alors considérée comme « un garde-manger » pour les surfeurs et les pêcheurs. Soraya Issop-Mamode, directrice de la Réserve Naturelle, rejette cette hypothèse

« parler de garde-manger c’est exagéré. Des scientifiques mesurent les quantités de poisson au sein de la réserve, ils ont déjà travaillé ailleurs dans le monde, en particulier en Nouvelle-Calédonie et aux îles Eparses. Pour eux, les quantités que l’on retrouve dans la réserve sont largement inférieures à celles que l’on retrouve dans d’autres espaces naturels de ce type-là. Ici, on se retrouve avec des quantités de biomasse de 40 grammes au m², alors que par exemple aux îles Eparses, ça atteint 1kg au m² (…) A l’époque, les surfeurs étaient pour la création de la réserve. Aujourd’hui, pour faire marche arrière, il faudrait qu’il soit démontré scientifiquement qu'elle ne sert plus à rien ».

Alors quelles sont les origines de ces attaques. En effet, comme toutes les espèces vivantes, les animaux n’attaquent pas sans raison. Seraient-ils attirés par la ferme aquacole voisine, par l'observatoire des tortues ? Pour Pascale Chabanet, chercheuse à l'Institut pour le développement :

« Il y a toujours eu à la Réunion (…) il aime vivre à proximité des écoulements d'eaux douces, parfois même dans les rivières, indiquait la scientifique. Ces eaux chargées en molécules et en polluants transportées par les ravines et déversées dans le lagon, ainsi que l'augmentation des eaux de ruissellement, due à l'urbanisation galopante, pourraient expliquer sa présence.»

L’homme et ses activités seraient donc à l’origine de la présence des requins dans cette zone.

Afin d’en être sûr, le programme « Charc » aura pour mission l’étude  qui prévoit notamment le marquage électronique des requins. Mais obtenir des résultats prend du temps. Et les Réunionnais s'impatientent.

Pour l’heure, Didier Derand, pharmacien et délégué de la Fondation Brigitte Bardot sur l’île, s’est rendu sur les lieux des attaques et a démontré pendant un peu plus d'une heure dimanche que le squale n'est pas dangereux pour les baigneurs mais qu'il est victime de « propagande ». Il ajoute que  « la faune aquatique est très pauvre : ni raie, ni tortue, ni requin ». Les attaques envers les surfeurs en planche seraient « une erreur de jugement » du requin qui les confond avec des tortues. « Il faut trouver une solution pour assurer leur sécurité »sans remettre en cause la Réserve Naturelle Marine ou l'élimination des requins.

Dans tous les cas, le réchauffement climatique est en marche. Ajoutez à cela la disparition alarmante des espèces, l’équilibre naturel de la planète est menacé, notre équilibre aussi. Alors avant d’éliminer encore une autre espèce tâchons de trouver les origines de ces attaques pour les solutionner. Dans tous les cas, le XX° siècle doit être l’ère de nos changements de comportement, car ne l’oublions pas nous sommes en partie responsable de ce qui arrive.