Fabien nous raconte son attaque de requin

Les attaques de requins étaient d'actualité cet été à l'île de la Réunion, aujourd'hui Fabien  nous dit tous !

Patientent assit sur sa planche de surf, Fabien Bujon attend la vague, le rouleau qui lui donnera son adrénaline. Mais il n'en sera rien, c'est une charge fulgurante et éclair auquel il aura le droit, il n'oubliera jamais son regard. Son œil rond et noir, et une mâchoire acérée de 80cm se refermant sur sa jambe et sa main droite.

Celui qui l'attaque c'est un requin bulldogue, costaud et lourd.

« La moitié de son corps hors de l'eau écrasant le mien » raconte Fabien depuis son lit d'hôpital.

Il est dimanche 5 aout, 15h45, lorsque Fabien 41 ans se présente sur le spot de Saint-Leu, l'un des plus beau au monde.

Une lumière adoucie, et une houle légère, les vagues de 1,50m.
Fabien le dit lui-même :

« Dans le surf, il n'y a jamais de risque zéro, comme en haute montagne. »

Cependant Fabien est un solitaire, il préfère affronter les vagues seul.

« Seul je me sens plus vigilent, et en symbiose avec la nature, pour mieux l'observer ».

Passionné par la nature depuis toujours, cela fait trente ans qu'il surfe, passant par Tahiti, la Nouvelle Calédonie, ce n'est pas une tête brûlante.

Il le dit lui-même :

 «  Je savais que l'affronterais mais pas à la Réunion. »

Le squale s'acharne, mais Fabien aussi, avec sa main gauche ce sont les branchies du requin qu'il agrippe,  le bouledogue relâche et s’évanouit dans les profondeurs.

 «  J'ai attrapé ma planche, c'est là que je me suis rendu compte qu'il me manquait la main droite. Me hissant avec ma main gauche, sur le ventre sonné, je vois que ma jambe est à moitié dévorée, stupidement je pensais qu'elle n'avait rien. C'est en voyant la plaie que j'ai réalisé ».

Fabien ayant peur d'une seconde charge :

 «  Je savais que n'aurais pas la force de l'affronter de nouveau. ».

Se trouvant à 50 mètres du bord, et personne pour l'aider autour de lui.

« J'ai commencé à ramer jusqu'au plateau Corallien, là où je serais en sécurité avec cinquante centimètre d'eau, je restais lucide et n'avais pas mal. »

Il pense à sa famille, sa femme Cathy et leurs deux enfants Woody 15 ans et Wäiné 9ans. Il ne veut pas les abandonner.

En colère contre lui il ne veut pas disparaître si jeune, «bouffé par un bouldogue », se mouvant lentement, difficilement et sans douleur, Fabien fini par s’arrêter et fait un garrot avec sa main valider autour de son poignet meurtri « il fallait avancer tout en stoppant l'hémorragie ». « Fabien commence à se sentir partir ».

Il finit par atteindre le chenal, le courant naturel le pousse enfin jusqu'au club nautique, enfin de l'aide.

Les plaies sont graves, Emmanuel son beau-frère, reste étonné de son courage qui lui a fait un garrot au niveau du coude avec ses lacets de baskets de course, le leach de sa planche de surf servira de garrot pour sa jambe meurtrie.

Des curieux se rassemblent autour de lui, et qui l'encouragent à tenir bon.

Fabien voulait parler à sa femme, lui dire qu'il est allé au bout de sa passion, qu'il est désolé de leur faire subir un tel drame « c'était un message d'adieu » reconnaît-il aujourd'hui.

Il finit par tomber en larme, il ne peut plus les retenir. Fabien a cru qu'il allait mourir, il se réveillera au centre hospitalier de Saint-Pierre après son opération, hors de danger le soir-même, cependant meurtri.