Depuis l’enquête de Médiapart parue en mars dernier, Patrick Bruel est dans la tourmente. D'autant plus que dans la foulée, les langues se sont déliées et certaines victimes présumées ont décidé de témoigner à visage découvert. C’est notamment le cas de Flavie Flament, qui a porté plainte contre le chanteur pour viol le 15 mai dernier, au même titre que Karine Viseur, qui a saisi la justice dès le 24 mars 206 et qui accuse Patrick Bruel d'agression sexuelle.
Comme l’animatrice de 51 ans, Karine Viseur dénonce des faits qui se seraient déroulés en 1991 et espère vivement que sa prise de parole pourra alourdir le dossier, si son cas est reconnu comme prescrit.

Des souvenirs glaçants
Trente-cinq ans plus tard, elle n’a rien oublié de sa première rencontre avec Patrick Bruel, comme elle l’a raconté dans le dernier numéro de La Tribune Dimanche, paru ce 24 mai 2026. "Nous sommes en 1991, à Bruxelles. J'ai 38 ans et je reçois l'équipe du film "Comme les 5 doigts de la main". Dès l'accueil de l'équipe, Patrick Bruel va exprimer sa satisfaction d'avoir une attachée de presse féminine à son goût. Dans le véhicule, ses taquineries sont au départ modestes, floues, mais très vite ça devient du harcèlement", a commencé la quinquagénaire.
Et de dépeindre le sentiment d'impunité affiché par celui qui était alors au sommet de sa gloire :
Patrick Bruel n'a pas de limites, il dit ce qu'il pense, sans filtre. (…) Il y a des mots, une pression, il a toujours besoin d'avoir un contact physique, de me prendre par la taille, je sens ses lèvres dans mon cou, il ne demande jamais, j'esquive quand je peux mais on sent que c'est lui le pilier du film, les acteurs le laissent et le respectent.
Lancée dans ses déclarations, Karine Viseur a affirmé que l'agression sexuelle dont elle se dit victime aurait commencé dans la loge de Patrick Bruel, qui était alors invité par la RTBF pour faire la promotion de son film. "Le temps que je me retourne, il est contre moi, je sens la pression dans mon dos, ses mains qui m'enserrent, son souffle dans la nuque et je vois ses yeux, son visage : il est heureux, frénétique, heureux d'être contre moi, c'est un besoin physique", s’est-elle souvenue, encore marquée par cette étreinte forcée.
L’attachée de presse de cinéma l'aurait alors repoussé, prétextant devoir se faire maquiller. Mais l’interprète de Qui a le droit ? serait revenu à la charge peu après, pour lui demander de lui indiquer le chemin des toilettes. "Évidemment, on ne laisse pas Patrick Bruel déambuler seul dans les couloirs, donc je l'accompagne", a-t-elle expliqué.
Et là, en une fraction de seconde, il m'attrape par le poignet et m'attire dans les toilettes, qu'il ferme à clé. Il m'adosse contre la porte, je ne peux pas l'ouvrir, de nouveau il colle ses lèvres, essaie de m'embrasser, ses mains qui caressent mes jambes, sous ma robe, sous mes collants.
Fort heureusement, la jeune Karine Viseur est parvenue tant bien que mal à s’extirper de cette situation.
Une image qui la hante
Karine Viseur se dit toujours autant profondément marquée par le visage de son agresseur présumé, sur le moment. "Je n’arrive pas à me défaire de ça. Et lui, son visage redevient tout à fait normal, il va entrer en JT. Ça doit être un très bon joueur de poker pour afficher une telle poker face en une fraction de seconde. Il redevient un artiste qui doit aller sur un plateau de télé", a-t-elle déploré, précisant au passage avoir exprimé en vain, à plusieurs reprise son absence de consentement :
Dans les toilettes, j'ai dit non à plusieurs reprises. Et lui, il a dit : "Mais si, tu vas aimer, je sais que tu attends ça depuis ce matin. Elles apprécient toutes". C'est un monologue : il n'attend pas de réponse, en fait. Il s'est fixé un but, la proie c'est moi, et il tente tout pour me chasser.
"Je me prépare à la confrontation"
Pour finir, Karine Viseur a dévoilé les raisons qui l'ont poussée à briser le silence. "Je sens que la parole se libère, que les femmes prennent confiance en elles, grâce à celles qui ont déjà témoigné comme moi. De nouvelles plaintes vont arriver très prochainement", a-t-elle assuré.

Celle qui estime avoir désormais "les épaules" et "plus rien à prouver" se concentre aujourd'hui sur le procès à venir, qui pourrait bien coûter sa carrière à Patrick Bruel :
Je me prépare à la confrontation, elle aura lieu, c'est une évidence ! (…)Je sais que pour mon cas il y a prescription mais mon dossier vient gonfler, alourdir celui de la France, ça devient international et sériel. Puisqu'on est nombreuses, il y a un espoir que ces dossiers aboutissent et qu'on parvienne un jour à un procès.
Alors qu'il devrait être entendu prochainement par les enquêteurs, Patrick Bruel, visé par trois enquêtes judiciaires pour viols et agressions sexuelles, nie l’ensemble des accusations et reste présumé innocent.