Installé depuis près de trente ans dans le XIIᵉ arrondissement, à proximité de la Bastille, Gilbert Montagné a accepté de se livrer dans les colonnes du Parisien, évoquant à la fois son quotidien, son rapport singulier à l’espace urbain et les causes qui lui tiennent à cœur.

Célèbre pour des titres devenus cultes comme On va s’aimer, Gilbert Montagné se définit avant tout comme un promeneur. Très jeune déjà, il explorait Paris seul, canne à la main. Devenu non-voyant à la suite d’une naissance prématurée, ses nerfs optiques ayant été endommagés par un excès d’oxygène en couveuse, il a très tôt appris à évoluer sans la vue, développant une confiance profonde en ses capacités.

J’entendais les gens dire : C’est le petit qui ne voit pas clair. Cela m’amusait. Lorsque je faisais les courses, je m’asseyais à la caisse enregistreuse. Les gens me disaient combien ça coûtait et je tapais sur le clavier. J’étais fier qu’on me fasse confiance. Ça a forgé ma croyance au possible”, a-t-il raconté avec émotion.

Une perception de la ville fondée sur les sens

Aujourd’hui encore, Gilbert Montagné se déplace avec aisance dans son quartier. “Je circule en voiture mais aussi beaucoup à pied, notamment dans mon quartier de Bastille où j’habite depuis trente ans. Pour me repérer, je fonctionne d’abord aux sons. Les murs par exemple, je les entends. Ils sont comme une ombre sonore dans l’espace, donc je les perçois. Mais je me repère aussi beaucoup à la texture du sol, qui est parfois lisse, parfois rugueuse. Je suis capable de savoir exactement où je suis selon ce que je sens sous mes pieds”, a-t-il expliqué.

Passionné de culture, le musicien nourrit également un fort attachement aux musées, militant pour une meilleure accessibilité des lieux artistiques aux personnes non-voyantes, notamment par le toucher. Mais son engagement va bien au-delà.

Un combat pour la sécurité dans les transports

S’il reconnaît les désagréments liés au bruit et à la pollution parisiens, Gilbert Montagné alerte surtout sur les dangers auxquels sont exposées les personnes aveugles dans les transports en commun, et plus particulièrement dans le métro. Un souvenir marquant de son adolescence reste gravé dans sa mémoire.

Je ne circule plus en métro car c’est difficile quand on est une personnalité publique, mais cela me manque. Jeune, je le prenais seul car j’avais appris toutes les lignes et les stations. Ce qui ne m’a pas empêché de tomber sur les rails au métro Belleville. J’avais 16 ans et, avec une amie non-voyante elle aussi, nous n’étions pas concentrés et nous sommes tombés. Nous avons eu la chance de ne pas être électrocutés”, a-t-il confié.

Plus récemment, un drame survenu dans la capitale a ravivé sa colère et sa détermination.J’ai encore été très choqué par la mort d’un homme malvoyant fin décembre à la station Denfert-Rochereau. Il faut trouver une solution pour les stations qui ne sont pas équipées de portes palières. Nous avons tous dans la poche une télécommande qui active les feux tricolores que vous entendez parfois parler. Il faut équiper avec ces balises les 660 quais qui ne sont pas sécurisés. Je fais tout mon possible pour plaider cette cause”, a-t-il insisté.

À l’aube de la sortie de son nouvel album, L’Amour dans les mains, prévue pour mars 2026, Gilbert Montagné continue de conjuguer création musicale et engagement citoyen.